La tribune de Pierre-Antoine Dusoulier

Président de Saxo Banque

Taxe bancaire, le tonneau des Danaïdes reprend du service

Or donc, la France, le Royaume Uni et l’Allemagne ont décidé d’instaurer une nouvelle taxe sur les banques afin de ne pas avoir à solliciter le contribuable pour renflouer les caisses d’établissements financiers en difficultés.

On sent que l’expérience parle. Partout dans le monde depuis deux ans, les états ont dû mettre la main à la poche pour renflouer, souvent en catastrophe, des banques au bord de la faillite. La crainte du risque systémique, la volonté d’endiguer la crise, la protection du système financier sur lequel repose l’économie moderne sont autant de (bonnes) raisons qui ont obligé les gouvernements à intervenir. Ces actions coûteuses ont le plus souvent été financées sur le budget général de l’état, venant creuser les dettes qui inquiètent tant aujourd’hui les marchés.

Forts de cette expérience et voulant à tout prix éviter d’avoir à recommencer et d’en subir les conséquences politiques, les gouvernants de ces trois pays veulent donc créer une nouvelle taxe. Alors que d’autres états comme le Canada refusent absolument l’instauration d’une telle taxe, les trois pays européens planchent. Chacun veut asseoir sa taxe sur le risque. Le calcul politique est simple. Si une banque est en difficultés, c’est qu’elle a pris trop de risque. Instaurer une taxe sur le risque, c’est donc encourager les banques à la prudence et au pire, faire payer les pots cassés aux responsables.

Nous pourrions donc penser que cette taxe alimenterait un fond d’intervention réservé à un usage bien précis. C’est d’ailleurs ce que l’Allemagne et le Royaume Uni comptent faire : taxer les risques et mettre à l’abri le produit de ces taxes pour disposer de moyens d’intervention en cas de besoin.

Mais la France, décidément, ne peut pas faire comme tout le monde. Sous réserve qu’elle soit votée dans la loi de finance 2011 qui sera bientôt présentée au Parlement, et sous réserve que les informations actuellement disponibles soient vraies, notre taxe sur les banques sera versée, non à un fond d’intervention, mais au budget de l’état c’est à dire au tonneau des Danaïdes.

Certes la règle fiscale française empêche d’affecter directement le produit d’une taxe à une action. Selon cette règle, la nouvelle taxe bancaire ne peut donc servir à protéger le système d’une éventuelle défaillance. C’est pourtant bien dans ce but que la nouvelle taxe sera créée.
Il y a fort à parier qu’en cas de défaillance d’une ou plusieurs banques, le fruit de ce nouvel impôt aura déjà été consommé … peut être pour rembourser les dettes bancaires de l’Etat ?

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Pierre-Antoine Dusoulier, Président de Saxo Banque France
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Hindenburg ou la systémique à son apogée

Or donc depuis quelques jours, les marchés s’inquiètent. Incertitudes sur la croissance, le chômage, la hausse des prix des matières premières ? Inquiétudes sur les dettes souveraines de certains pays ? Rumeurs d’OPA hostiles ou de raids boursiers ? Tendance à la hausse (ou à la baisse) du dollar par rapport au Yen ou l’inverse ? Non. Rien de tout cela, les analystes techniques se font peur avec le « présage Hindenburg » !

En deux mots, le fameux présage constate que chaque fois que dans une même séance boursière, un grand nombre de titres ont atteint leur plus haut sur 52 semaines et qu’un nombre tout aussi important de titres ont atteint, le même jour, leur plus bas sur 52 semaines, on peut s’attendre à ce que l’orage, la tempête et les dix plaies d’Egypte s’abattent en même temps et à court terme sur l’économie mondiale. Il va sans dire que si l’analyste a croisé sur son chemin un chat noir venant de la gauche, le présage est encore plus fort.

Rationnellement, que veut dire ce présage ? Pas grand chose, et pourtant !
En effet, si « un grand nombre » de valeurs sont au plus haut et simultanément, un grand nombre est au plus bas, cela veut dire que les bourses et les investisseurs sont désorientés. On ne peut dégager une vraie, belle, tendance franche et honnête (à la baisse ou à la hausse). Chaque titre joue son propre jeu et personne n’est emporté par « la tendance » absente, et les théories les plus fantaisistes peuvent apparaître.

En clair, les investisseurs ne savent pas quoi faire ! Et comme souvent dans ces cas là, le système l’emporte. L’union fait la force, les moutons s’engouffrent et forment la tendance. Action et rétroaction, c’est le principe systémique qui prévaut. Espérons qu’il ne devienne pas procyclique .

Le présage Hindenburg se vérifiera-t-i ? Peut être. Mais ce qui est plus sûr, c’est qu’en cette rentrée, que les conditions générales de l’économie mondiales restent instables et difficiles. Les marchés vont tanguer et seront volatiles. C’est un risque mais c’est aussi une opportunité. Avant d’exploser, le dirigeable Hindenburg a traversé 17 fois l’Atlantique reliant l’Europe aux Etats Unis et au Brésil. Heureux ceux qui ont pu faire le voyage et descendre avant l’explosion.

Bons trades
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1/ Pour mémoire, selon la sixième plaie, « gens et bêtes furent couverts d’ulcères bourgeonnant en pustules » ! Le reste est à lire sur Wikipedia ou dans la Bible au Livre de l’Exode.
2/ Procyclique : désigne les procédés consistant à agir en ligne avec une tendance. Lorsqu’une action augmente, les investisseurs ayant une démarche procyclique tentent de bénéficier de cette tendance … à l’amplifier.

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Un stress test bien peu stressant

Or donc, le système bancaire européen est soumis à un stress test afin de vérifier sa solidité et la capacité des banques à résister à des incidents de grande ampleur. Au-delà de son objectif de vérification technique, ce stress test d’envergure a pour mission évidente et affichée de renforcer l’image de solidité du système bancaire afin de rassurer les marchés … et les autorités organisatrices du test le CEBS (Committee of European Banking Supervisors).

En soi, la méthode est intéressante car nul ne peut contester le besoin de vérifier la solidité d’un système qui a déjà vacillé dangereusement. Cependant, les informations qui circulent actuellement dans les banques laissent penser que le stress test privilégie la communication d’un résultat satisfaisant par rapport à une réelle et solide vérification technique.
Ces informations suggèrent en effet que les scénarios de test seraient assez « légers » en particulier dans le domaine des défauts sur les dettes souveraines. Il semblerait que les hypothèses retenues par le CEBS en la matière soient en réalité inférieures aux paramètres actuellement pris en compte par les marchés. Ce serait en particulier le cas sur la dette grecque et celles d’autres pays de la zone Euro.

Des hypothèses d’évolution macroéconomique seraient aussi appliquées sans que l’on sache pour l’instant le lien établi par le test entre la croissance du PIB, le chômage et l’inflation. De plus, les prévisions passées en matière de paramètres macroéconomiques ont été simplement invalidées par les conditions réelles. Au printemps 2008, la Commission Européenne tablait sur une croissance de 1,7% en 2008 et de 1,5% en 2009 pour la zone euro. La croissance réelle a été de 0,45% en 2008 et de -4,1% en 2009.

Enfin, il semble difficile de bâtir un modèle de test capable de prendre en compte dans son intégralité la complexité systémique de l’ensemble. Actions et rétroactions peuvent amplifier les effets d’une crise dans un sens comme dans l’autre.
Il y a fort à parier que les résultats du stress test européen seront globalement bons et présenteront quelques défauts à corriger. Un équivalent bancaire du fameux : « Bon élève. Peut mieux faire. »

Pierre-Antoine Dusoulier, Président de Saxo Banque France
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Bienvenue au Club

Or donc, les joueurs de football sont devenus, en France tout au moins, les nouveaux parias.
Il est vrai qu’ils cumulent tous les défauts. Riches et parfois talentueux (ceci explique souvent cela), ils ont tendance à n’en faire qu’à leur tête et à ne pas respecter les ordres quand ces derniers leurs paraissent idiots.

Après les traders, les banquiers, les actionnaires, les capitalistes et les spéculateurs, les footballers français sont désormais membres de plein droit du club des boucs émissaires. Il est de bon ton de les critiquer, voire de leur cracher dessus puisqu’ils incarnent tous les défauts de la société française : l’individualisme, l’appât du lucre, la rébellion et la bêtise aussi ? Et puis qui pourrait admirer leur côté bling-bling, grosse voiture et jet privé ?

Pour autant, j’aimerais réserver, au milieu de ces nouveaux parias, une mention spéciale, une place d’honneur, une médaille d’or à de nouveaux venus : les gestionnaires de fortune. Pires que les traders et leurs spéculations, pires que les footballers et leurs comportements indisciplinés, les gestionnaires de fortunes restent tapis dans l’ombre des plus riches pour les aider à être plus riches encore.

Leurs méthodes ? Evasion, défiscalisation, achat de conscience, corruption, détournement, dissimulation…quoi de pire ? Kerviel sera bientôt à l’ombre. Les footballers vont se cacher pendant tout l’été, mais les feux des projecteurs risquent bien de rester concentrés sur les gestionnaires de fortunes. A qui le tour ?

Pierre-Antoine Dusoulier, Président de Saxo Banque France
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Répétez après-moi : mondialisation mondiale du monde !

Or donc, nos voisins et néanmoins amis Allemands, ont, par le truchement de leur gouvernement fédéral et de leur chancelière, annoncé l’interdiction soudaine, brutale et unilatérale, des ventes à découvert en Allemagne. Pour être précis, cette interdiction ne porte que sur certaines opérations et ne couvre pas la totalité des possibilités offertes par ce type de transaction qui, rappelons-le, permet de prendre position sur des titres que l’on ne possède pas ou pas encore.
Mon propos n’est pas aujourd’hui de contester ou d’approuver cette décision en elle-même, mais seulement de la commenter pour tenter de démontrer que les dirigeants allemands, et par extension les politiques européens semblent n’avoir toujours pas compris le monde dans lequel nous vivons.

Soyons clair, si certaines transactions sont interdites en Allemagne, elles sont licites ailleurs, à Paris, Londres, New York ou Bangalore. S’ils ne peuvent plus les réaliser ici, les acteurs de marchés les réaliseront là ! Et ce pour une raison simple, la « mondialisation mondiale du monde ». Je me risque à ce double pléonasme pour tenter d’expliquer à nos dirigeants européens qu’en matière de marchés les seules réglementations valables et efficaces ne peuvent être que mondiales car le marché lui est définitivement mondial.

Alors répétez après moi : « mondialisation mondiale du monde », et pour chaque décision économique, réglementaire ou fiscale, ne pas oublier que la zone euro existe et qu’il conviendrait de parler d’une même voix pour avoir une (petite) chance de se faire entendre dans ce monde mondial et mondialisé !

Pierre-Antoine Dusoulier, Président de Saxo Banque France
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